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Editeur

Ed. Neus

Année de parution

2015

Prix indicatif

fr. 61.90

Traduit de:

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415 pages

Prisons : 67065

Grégoire Korganow

Il est difficile d’évoquer le remarquable travail de Grégoire Korganow tant ses photos, au delà de témoigner de l’état des prisons françaises, nous amène à penser, repenser et ressentir ce qu’est la privation de liberté. Ces photos nous font glisser cliché après cliché dans la solitude, l’ennui, l’angoisse, la claustration. Peu à peu nous devenons chacun de ces humains coincés entre quatre murs, derrière des grillages, dans la promiscuité subie. C’est délicat de transmettre ici ce qui transpire de cet ouvrage, alors voici ce que le photographe dit de son propre travail:

« Le Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGPL) Jean Marie Delarue m’a proposé d’intégrer ses équipes et de documenter en photographie l’état des lieux des prisons françaises.
J’ai donc travaillé dans une vingtaine de prisons françaises – des maisons d’arrêt, des centres de détention et des centrales. Je restais en moyenne entre 5 et 10 jours dans chaque prison. Je ne les choisissais pas. Je faisais partie d’une équipe de plusieurs contrôleurs et les prisons étaient choisies par Jean-Marie Delarue. […]
En débutant ce travail, je n’avais pas d’a priori, mais de l’appréhension. Je me demandais comment les personnes détenues allaient m’accueillir. J’avais moi aussi une vision caricaturale de la prison et craignais de ne pas pouvoir rentrer en relation avec eux. […] Ce travail sur les prisons s’inscrit sur une démarche entamée depuis plusieurs années sur les zones d’ombre de notre société et les personnes qui font face à l’adversité.
J’ai cherché à saisir l’indicible et l’arbitraire, le temps qui s’arrête, les journées, les mois vides à ne rien faire. Je voulais aussi que le spectateur puisse ressentir la prison et rentrer en relation avec ces personnes détenues sans avoir à se demander ce qu’ils avaient fait. Je tenais à éviter l’anecdote. […]
Je ne souhaitais pas que l’on rentre par l’émotion d’un visage ou que l’on s’interroge sur les délits commis. Je voulais offrir au spectateur la possibilité de s’identifier aux personnes photographiées, qu’il se dise : « cet individu pourrait être moi. » C’est un travail sensoriel. Je ne raconte pas la prison, j’offre la possibilité de la ressentir. […]
J’ai aussi en mémoire un détenu entré en prison à l’âge de 19 ans pour un petit braquage raté. Il avait été condamné à 3 ans de prison. 17 ans après, il était toujours incarcéré, avec une date de libération en 2040. Il avait cumulé une quantité invraisemblable de peines pour des délits commis au sein même de la prison : insultes, violences, incendie volontaire, etc. Il refuse de se soumettre à l’autorité de l’Administration pénitentiaire. Il ne sortira probablement jamais. Il est emmuré vivant.  »

Propos tirés d’une interview que vous pouvez consulter dans son ensemble ici:http://www.vice.com/fr/read/a-l-interieur-des-prisons-francaises-934?utm_sou