Notre politique

Fonctionnement de la Librairie

La Librairie du Boulevard est une société coopérative fonctionnant en autogestion. Les employé-es ont donc tous le même statut, le même salaire et les mêmes responsabilités. Toutes les décisions sont prises collectivement. L’équipe compte actuellement six personnes à temps partiel ainsi que deux apprentis. Ce fonctionnement a toujours apporté beaucoup de satisfaction. Mais l’évolution du monde du livre pose de nombreux problèmes aux libraires indépendants, et nous luttons contre leur disparition. Voici quelques textes situant notre point de vue:

Le livre moins cher… et après?

La vie du livre suit son cours…

Position des libraires indépendantes 2013

Le livre en l’air

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Le livre moins cher… et après?

Le livre n’est pas un produit comme les autres: voilà bien longtemps que les professionnels du livre de tous bords répètent et tout le monde s’accorde là-dessus. Le livre n’est pas qu’un produit économique, il est surtout un bien culturel, un vecteur de savoir qu’on ne peut abandonner aux seuls lois du marché, à la seule logique des concentrations. Il est temps de prendre les mesures politiques qui s’imposent: établir en Suisse un prix unique!

La pratique du rabais sur le prix des livres est autorisée dans notre pays. Pourtant chacun doit savoir aujourd’hui que la guerre sur les prix entraîne à long terme une raréfaction des titres proposés sur le marché. La concurrence se fait essentiellement sur les ouvrages « faciles », ceux que tout le monde demande, ceux que tout le monde connaît. Par contre, les livres de création originale, les titres moins connus, peu médiatisés, ont tendance à voir leur prix augmenter puis à disparaître, car trop coûteux.

S’ensuit la disparition progressive des détaillants du livre, professionnels dont le service est irremplaçable. Cette disparition devrait mobiliser le public et les autorités. L’exemple anglo-saxon prouve que la liberté sur les prix n’entraîne pas de baisse de prix pour le client: depuis que le prix unique du livre a été abandonné le prix moyen des livres a nettement augmenté. De plus, le marché est livré à quelques grandes chaînes de librairie qui imposent leur loi commerciale aux éditeurs eux-mêmes.

Les libraires attachés à une vision globale de la politique du livre défendent contre vents et marées le respect du prix fixé par l’éditeur ou son importateur. La concurrence sur les prix doit laisser place à une concurrence par la qualité du service qui peut prendre bien des formes selon l’identité de la librairie: qualité de l’information, de l’accueil, du conseil, rapidité et fiabilité des commandes, qualité ou quantité des titres en magasin.

Il importe que nos femmes et hommes politiques se sentent concernés par ce combat pour la culture; de même, chaque lecteur doit prendre conscience que chacun de ses achats est un acte politique et que privilégier les rabais risque un jour d’avoir un coût infiniment plus important que le petit bénéfice recherché. Ce choix est à faire dès maintenant, avant qu’il ne soit trop tard.

La vie du livre suit son cours…

Il y a quatre ans déjà, nous vous avions écrit. La Librairie du Boulevard fêtait alors ses 25 ans, et à la veille de l’arrivée de la FNAC à Genève nous vous faisions part de nos craintes.

Quatre ans plus tard, qu’en est-il?

Appelons un chat un chat: depuis plus de trois ans, parlez de livre, de disque, de spectacle, et quatre lettres s’impriment immanquablement dans l’esprit du consommateur de culture: FNAC. « C’est Pavlov », disait un célèbre éditeur. Et force est de constater que ce réflexe mêle subtilement panurgisme et air du temps, révolte cool et conformisme. Une politique massive de communication donne à voir tous les avantages à court terme de la joie de « consommer intelligent ». Et ça marche, bien sûr.

Le scénario catastrophe est devenu réalité. La guerre des prix annoncée a bien eu lieu, les grandes chaînes se battent à coup d’offres, de rabais. A Lausanne, où la librairie indépendante est sinistrée depuis des années, la situation a encore empiré. Exit l’Âge d’Homme, Artou, l’Ale et la Nef. A Genève, les libraires Panchaud et Artou ont fermé, Forum reconvertit ses libraires en vendeurs de hi-fi ou de prêt-à-porter. Quant à la librairie Descombes, elle doit son salut in extremis à un amoureux du lieu, loin de toute considération de rentabilité immédiate. A qui le tour?

En arrière-fond, les grandes manoeuvres des groupes d’édition se sont poursuivies. Vivendi a vendu sa division livre. Hachette, bridé par la Commission européenne, ne pourra s’offrir « que » 40% de ce qui est devenu Editis, mais pèsera tout de même plus du double de son principal concurrent. Le Seuil a été racheté par la Martinière. L’inquiétude règne chez les éditeurs indépendants.

Alors? A coup de petits choix apparemment insignifiants, à coup de petites exceptions aux fidélités, à coup d’achats groupés avantageux, ou par simple paresse (« puisque j’y suis… »), nous façonnons tous les jours ce monde dont nous regrettons la forme, la cruauté, la rationnalité impitoyable. La Librairie du Boulevard, elle, veut continuer de jouer son rôle, soutenant autant que possible les éditeurs indépendants dont les choix éditoriaux contribuent à la diversité et à la qualité de la production.

Aujourd’hui, la Librairie du Boulevard, comme les autres librairies indépendantes, a besoin du soutien de tous ceux qui croient en son utilité. Un monde sans ces librairies, sans les livres qu’elles défendent? Ce choix, nous le jugeons inacceptable. Car rien n’est pire qu’un abandon à demi conscient à « l’ordre des choses », au simple courant du monde qui va. A chacun, bien sûr, de définir ses priorités, mais nous pensons quant à nous que la culture de l’écrit telle que nous la défendons doit en faire partie.


Manifeste pour protéger le livre en Suisse par une loi

Nous, gens du livre, entendons témoigner du grand danger qui menace la culture dans notre pays. Un marché complètement déréglé met en péril toute la chaîne du livre, de l’auteur au lecteur.

Or, le livre n’est pas un simple produit de consommation! « Il transmet le savoir et la pensée, exprime la réalité et l’imagination, dit l’émotion, nourrit le rêve. Il diffuse la langue, facteur particulièrement important de l’identité. Bref, le livre est un véhicule essentiel de la culture. »
Jean-Philippe Maitre (Initiative parlementaire 04.430)

Les nouvelles technologies ne l’ont encore jamais supplanté. Pour toutes ces raisons, protégeons le livre par une loi comme l’ont fait avec succès tous
les pays qui nous entourent, la France, l’Allemagne, l’Autriche, l’Italie.
Une loi pour :

  • Favoriser l’accès à la culture, à la formation, à un juste prix pour tous, pour tous les livres et non seulement pour les produits d’appel.
  • Maintenir un réseau dense, décentralisé et varié de points de vente.
  • Assurer la publication d’un grand choix de livres suisses et de livres à tirage restreint dans nos quatre langues.
  • Garantir le maintien d’emplois spécialisés.
  • Solliciter le lecteur dans toutes sortes de lieux avec toutes sortes de livres d’ici et d’ailleurs qui nourrissent son esprit et suscitent sa curiosité.

Le discount sauvage des best-sellers aboutit à une forme de monopole dont on connaît l’ultime danger: mort de la concurrence, appauvrissement de l’offre, prix à la hausse. Un résultat paradoxal pour ceux qui ont le souci de maintenir une saine concurrence! Le pays modèle de la diversité culturelle ne doit pas devenir le fossoyeur de ses écrivains et de leurs oeuvres. L’Unesco, l’année dernière, a montré la voie en adoptant une convention, que la Suisse signée, pour reconnaître au livre son caractère culturel et l’affranchir des règles du commerce international.

Parlementaires, avant qu’il ne soit trop tard, offrez à notre pays une loi qui protège le livre et nous permette de conserver notre patrimoine intellectuel et notre identité culturelle.

Association Suisse des Diffuseurs, Editeurs et Libraires (ASDEL)
Manifeste des éditeurs

Le livre en l’air

En ces temps de crise, quelques cafetiers ont eu l’idée géniale de proposer à leurs clients d’offrir un café à quelqu’un d’autre, quelqu’un qui n’aurait pas les moyens de se le payer. La méthode est simple : « Un café s’il vous plaît ! Et un autre en l’air ». Les cafés « en l’air » sont affichés dans le bistrot, le prochain qui en a besoin peut ainsi le demander. Une si belle idée ne pouvait faire que tache d’huile : la voici appliquée à la culture.
Ces dernières années, nous entendons parfois des clients s’interroger sur le prix du livre en Suisse. Certains trouvent la différence entre le prix en euros et le prix suisse trop importante. Puis, lorsque nous leur expliquons le « pourquoi » de cette différence et surtout lorsque nous expliquons que par rapport aux revenus suisses, le livre est proportionnellement moins cher en Suisse qu’en France, les esprits se ravisent. Par ailleurs, il ne nous vient pas à l’idée de trouver un café trop cher sous prétexte qu’il coûte deux fois moins cher de l’autre côté de la frontière.
Mais qu’en est-il de ceux, précaires, étudiants, chômeurs, dont le revenu se situe bien en dessous de la moyenne suisse, et pour qui le livre est réellement trop cher au regard de leur budget ?
La Librairie du Boulevard a toujours été passeuse de savoir, d’idées, de plaisir de lecture, de débats, mais plus encore une librairie profondément différente : autogérée et engagée. Nous avons donc cherché un moyen pour que le livre reste pour chacun un objet quotidien et familier, et non un objet rare et luxueux.
Nous avons donc décidé de mettre en place « Le livre en l’air » : qui le souhaite peut décider de verser quelques francs, en plus du montant de ses achats, pour contribuer à la mise à disposition d’un « livre en l’air ». Dès que la somme obtenue atteint le prix d’un livre de poche ou d’un grand format, nous le signalons sur une ardoise à la librairie. N’importe qui peut alors compléter ses achats grâce à ce « livre en l’air ».
Dans ce réseau de solidarité, la Librairie du Boulevard s’engage elle aussi financièrement en ajoutant 20% supplémentaires à chaque versement effectué par les lecteurs.
Nous croyons profondément au pouvoir du livre non seulement comme objet de savoir et d’émotions, mais également comme lien social et comme défricheur de nouveaux horizons. Le livre permet l’ouverture à l’autre et stimule l’épanouissement de la pensée et de l’imaginaire. Il nous semble important que son accès ne soit pas conditionné par la richesse financière.

L’événement syndical 38/39 du 16.9.2015
Reportage Librairie


Le prix du livre – protéger le lecteur.
Un texte de Marlyse Pietri, fondatrice des Editions Zoé.
Texte paru dans « Genève se Livre » No.2, novembre 2011